De victime à survivante : le poids des mots

Les mots jouent un rôle central dans les relations humaines et ceux que l’on choisit d’employer au quotidien ont un impact indéniable sur notre perception des choses. Ce constat est d’autant plus significatif pour les sujets liés à la dimension de genre1 et plus particulièrement les violences basées sur le genre. Les violences conjugales sont au cœur du combat de « Réseau Camélias ». Tout au long de la conception du projet, la question s’est posée du vocabulaire le plus pertinent à utiliser pour aider les femmes touchées, de la meilleure manière.

Les définir en tant que « victimes » ou « survivantes » ?

Un guide édité par le « Fonds des Nations unies pour la population »2 nous indique que les termes « victime » et « survivante » peuvent être utilisés de manière interchangeable. Le terme « victime » est souvent utilisé en droit et en médecine et le terme « survivante » est généralement préféré par les secteurs sociaux et psychologiques en raison de la résilience qu’il implique.

Nous observons néanmoins que ces deux termes n’ont pas la même portée, que ce soit dans l’imaginaire collectif que dans l’impact qu’ils peuvent avoir sur les femmes. Un changement de terminologie pour désigner les femmes ayant subi des violences a été amorcé sous la pression des militantes féministes. En effet, le terme « survivante » est de plus en plus utilisé, remplaçant progressivement celui de « victime ». Cette évolution vise à reconnaître la force et la résilience de ces femmes, mais elle suscite également des débats, car l’utilisation du mot « victime » a été importante pour dénoncer les injustices et établir une catégorie juridique, ainsi que pour soutenir les femmes victimes de violences de genre. Des études ont néanmoins démontré que le terme « survivante » est perçu de manière plus positive que le terme « victime », qui est associé à la passivité et à la faiblesse.3

Certaines femmes préfèrent se définir comme des « survivantes », car cela reflète leur force à aller de l’avant et leur pouvoir. Pour d’autres, le terme « victime » est préféré, car il rappelle l’existence et la responsabilité de l’agresseur. Cette divergence montre qu’il n’y a pas de consensus absolu sur la terminologie à utiliser.

En fin de compte, le choix entre « victime » et « survivante » est une décision personnelle des femmes concernées. Au sein de Réseau Camélias, nous nous positionnons dans le soutien post séparation. Nous avons, dès lors, fait le choix d’utiliser principalement le terme « survivante » car il nous inspire sur le champ des possibles après la violence et fait référence à la résilience du camélia. Cela n’empêche que les femmes confrontées à la violence n’en sont pas moins des victimes au sens juridique du terme. L’essentiel est de respecter le choix de chacune qui se définira comme elle le souhaite car la gestion d’un traumatisme et la réalité qui en découle lui est propre.

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  1. La dimension de genre fait référence à la manière dont les sociétés et les cultures perçoivent, construisent et organisent les rôles, les comportements et les attentes associés aux différentes identités de genre, tels que le masculin et le féminin. ↩︎
  2. « Prise en charge de la violence basée sur le genre dans les situations d’urgence » ↩︎
  3. Notamment une étude menée en 2017 par le professeur en psychologie, Gerd Bohner de l’université de Bielefield en Allemagne. ↩︎

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